Les rejets dans l’estuaire

Les rejets quotidiens sont équivalents aux prélèvements : 270 m3/h, soit 6500 m3/j ou 2,37 millions de m3/an, dont 20% issu de la station d’épuration. Ils doivent être évacués dans l’estuaire en un seul point de rejet à proximité immédiate du Parc Naturel Marin et des zones Natura 2000, dont la vasière de la Conche de Neyran particulièrement exposée.

Le porteur de projet affirme que les rejets n’impactent pas « significativement » les eaux de l’estuaire, mais a défini des objectifs de concentration pour les principaux polluants exactement à la limite réglementaire, ce qui suscite des doutes sur la marge de sécurité en cas de fluctuation.

DCO (Demande Chimique en Oxygène) : l'objectif est de 125 mg/l (limite max : 125 mg/l), soit une charge totale de 87,6 tonnes/an rejetées dans l'estuaire.
MES (Matières En Suspension) : l'objectif est de 35 mg/l (limite max : 35 mg/l).

Les incohérences du dossier

les données d’étude de Pure Salmon sont invérifiables actuellement puisqu’il n’existe pas d’élevage en RAS de 10 000 T/an en Europe. Plusieurs autorités scientifiques soulignent des lacunes importantes dans le dossier :

1 – Le sel

Le processus de dessalement génère des rejets de sels concentrés (saumure). De plus, l’eau rejetée est plus chaude que le milieu naturel, ce qui peut favoriser l’eutrophisation (prolifération d’algues). Le Parc Naturel Marin indique :

« Il en est de même [n’a pas été évalué] des effets du rejet de sel dans l’estuaire suite à la désalinisation d’une partie de l’eau saumâtre prélevée. »

2 – Le cortisol

Les saumons stressés (par les fortes densités, l’alimentation végétalisée …) produisent une hormone nommée cortisol, considéré comme un micro-polluant organique relié par exemple à des impacts potentiels de type perturbation endocrinienne : la communauté scientifique considère que la gestion du cortisol en RAS est un verrou technologique non résolu. Le CSEG indique :

« […] les saumons eux-mêmes rejetteront des composés organiques naturels (ex: hormones) qui peuvent être considérés comme des micropolluants organiques et pour certains d’entre eux reliés par exemple à des impacts potentiels de type perturbation endocrinienne. Du fait de la concentration en poissons, il est nécessaire de prendre en compte ces composés. »

3 – L’azote

Les flux d’azote calculés varient (entre 9 et 25 kg/j) dans différents documents du porteur de projet, rendant l’impact réel difficile à évaluer. Le Parc Naturel Marin indique :

« En outre, les données relatives aux concentrations d’azote (30 mg/l d’azote total journalière max) et débits sortants (6 500 m3/j max) présentées dans le dossier, conduisent à évaluer une valeur de flux d’azote rejeté de 195 kg/j soit 71 T/an. Ces incohérences du dossier sont à souligner. »

Compte tenu des volumes très importants à traiter, la station de traitements des déchets nous semblent sous-dimensionnée pour les normes européennes (notamment pour l’azote). En cas de dysfonctionnement des systèmes de traitement, le porteur de projet annonce une capacité tampon de 10 000 m³ (soit environ 1,5 jour de rejet), mais le CSEG peine à identifier physiquement ces bassins sur les plans du site.

4 – La dispersion des rejets

Ces rejets mal caractérisés (voir 1, 2, 3) seront rejetés dans l’estuaire. D’après le CSEG, le porteur du projet affirme l’absence d’impact sans fournir les modélisations nécessaires afin de caractériser la dispersion des rejets dans le milieu.

Cette zone intertidale est une des plus étendues de l’estuaire. Elle est reconnue comme une importante nourricerie où pénètrent les très jeunes larves de nombreuses espèces marines de poissons se reproduisant à proximité des côtes littorales. Elle n’a pas fait l’objet d’un état initial alors qu’elle se trouve à proximité du point de rejet. […] D’après l’étude d’impact, des modélisations hydrodynamiques indiquent “l’absence d’incidence notable sur les habitats benthiques”. Ces modélisations ne sont pas montrées dans les documents mis à disposition. Il manque donc des informations sur le déplacement et la dispersion du panache au-delà du point de rejet.